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L’illustration de Karoline Georges sur la couverture a happé mon attention.
L’avant-propos m’a ensorcelé.
Les mots judicieusement choisis résonnent d’une énergie à laquelle plusieurs d’entre-nous s’identifieront.
Normalement, je fais une analyse plus complète. Cette fois, je laisse le texte parler par lui-même afin que vous ressentiez l’énergie des mots que les autrices ont choisi.
« Nous sommes encore des sorcières mais des sorcières puissantes,
maîtresses de notre destin, prêtes à crier à l’injustice,
à nous rassembler entre sœurs pour lutter pour notre liberté,
toujours à conquérir, jamais tout à fait acquise. »
« Les bûchers, désormais c’est nous qui les allumons;
nous dansons et chantons, tous autour. En pleine nuit, en pleine forêt.
Nues. Belles. Désirantes plutôt que désirées. Sujet et non objet.
Belles à nos propres yeux. Comme nous l’entendons. Libres. Fortes. Intouchable. »
Qu’ajouter de plus? Que les treize nouvelles, écrites par treize autrices, ayant les sorcières comme fil conducteur, m’ont conquises. Entièrement pensé et réalisé au féminin, Au Bûcher des Éditions Les Six Brumes nous fait visiter plusieurs facettes de la sorcière. Chacune a son univers. Voyons quelques passages.
Dans Chacune ses couleurs de Josée Bérubé, les descriptions y sont détaillées comme seule une sorcière qui connait sa forêt le ferait.
« Une brise fraîche agite les herbages de la clairière, au sommet. Enfin, la forêt de Kerridwen. La courtepointe de mousses, sur le sol, les arbres voilés par la brume du soir. Elle trébuche : les ossements d’un chevreuil. Les meutes de loups se portent bien au moins. Et ces ifs ont tant poussé! Elle a toujours aimé traverser le ponceau qui surplombe la tourbière, entourée d’un nuage de lucioles clignotantes. Les sarracénies ne manquent pas d’insectes à capturer, c’est certain. Les liens de la nature sont demeurés forts, ici. »
Le texte Les hellébores d’Ariane Gélinas nous entraîne dans un enchaînement de mots mélodiques aux accents émotionnels à laquelle plusieurs d’entre nous peuvent s’identifier.
« Mon pauvre enfant est si frigorifié qu’il paraît sur le point de s’endormir de manière irréversible,
de laisser son souffle s’effranger dans le froid éternel des plaines. »
Les personnages dans la nouvelle Des sorcières comme les autres d’Elisabeth Vonarburg sont si bien campé qu’on se surprend à rester dans l’émotion même après avoir posé le livre. Même son familier est attachant!
« Heureusement, il y a Kriak qui vient faire un tour de temps en temps au-dessus de l’école,
et qui l’accompagne sur la route, le chemin, le sentier, salue Mamisofi d’un croassement poli et s’en va.
Elle a même une compagne, de temps en temps, qui n’a pas dit son nom à Nastassia,
mais c’est intéressant de les écouter discuter de leurs affaires de corbelles. »
De cultures diverses du modèle de la sorcière y sont aussi présentées. La nouvelle Les grands dérangements de Joyce Baker transporte la lectrice et le lecteur aventureux en Nouvelle-Orléans. Aussi éloignées les unes des autres, on en vient souvent à faire la même chose que Louise.
« Louise tresse de drôles de végétaux grisâtres venant du fond des bayous,
[Censure pour ne pas divulgâcher]. »
C’est souvent le commentaire des personnes qui me croisent en balade. Qu’est-ce qu’elle fait avec les mauvaises herbes? Je ris intérieurement. S’ils savaient, on n’en trouverait plus.
Avec Erika Sezille, l’intrigue se déroule dans une ambiance plus moderne. La narration ne manque pas d’humour. Juste à voir le titre on s’en doute : Il y a des âmes dans tout (surtout dans des pots).
« Ça n’avait pas d’importance, remords et pleurnicheries des âmes en perdition, ce n’était pas son problème, elle laissait ça à Elijah qui aimait beaucoup trop se la jouer psy de comptoir pour âmes damnées. »
La narration au « tu » de Raphaëlle B. Adam dans Tes souvenirs sont des créatures ensauvagées, nous immerge dans un univers fortement imagé.
« En déboulant sous le porche, tu aspire l’air nocturne et frais à grandes goulées. Tes doits se crispent sur le bois rugueux de la rambarde, pendant que tu essaies de reprendre ton souffle, de chasser les souvenirs. Exorcisme nécessaire. »
Dans Dilucidum, Véronique Drouin décrit parfaitement ce qui me semble être en connexion avec une autre personne.
« Une puissante connexion physique s’établit alors entre eux. À travers ses veines, Leif sentit une vague, ou plutôt une déferlante d’énergie se propager. Son cœur se mit à palpiter, son souffle s’accéléra et des fourmillements envahirent ses membres. »
Outre l’avant-propos, Iseult Bacon-Marcaurelle s’est jointe à l’équipe d’autrices avec une proposition hypnotisante dans Immersion. Sa narration envoûtante lorsqu’elle se connecte à un animal marin vaut la peine d’être lue et relue!
« Lentement je retrouve le rythme approprié. J’ondule comme Caly m’a montré. Fluide. Légère. Forte.
Avec elles, je suis enfin à ma place. Elles m’apprennent à vivre à leur manière. Avec sérénité. Détachement.
Mais autre chose aussi. Comme une puissance brute. Une force qui résonne dans ma poitrine.
Moi aussi, je l’ai, cette force. D’enfin écouter mes pulsions. Mes désirs. De briser l’interdit. »
Avec Rémanences, Geneviève Blouin nous fait vivre la panoplie de sensations lorsqu’une sorcière est en contact avec une âme errante. Du moins, la majorité.
« Lorsque des hurlements de rage retentissent dans la salle d’attente, Sophie met un instant à les identifier.
Le volume est trop fort, l’émotion trop brute, inarticulée. Ce n’est pas un son qui frappe les tympans.
Il y a un fantôme, non, un spectre, dans la salle d’attente. Un revenant qui n’a retenu de son ancienne personnalité que des sentiments extrêmes et qui les diffuse autour de lui sans discernement. »
Bien qu’en ayant commenté plusieurs, je vous laisse découvrir comment Au bûcher est une œuvre que vous voudrez garder près de vous.
